Le Plan d’agriculture durable : un pas dans la bonne direction

Tomates et poivrons verts
Suite au dévoilement du plan d'agriculture durable du Québec, SUCO tient à souligner les éléments porteurs d’une véritable transition contenue dans ce plan ainsi que les éléments nécessitant un approfondissement.
Tomates et poivrons verts dans un kiosque. Crédit photo : CC LAB

Le 22 octobre dernier, le Gouvernement du Québec, accompagné d’acteurs clés de l’agriculture au Québec, tel que l’Union des producteurs agricoles (UPA), Équiterre, M. Jérôme Dupras — professeur au Département des sciences naturelles de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), chercheur à l’Institut des Sciences de la Forêt tempérée (ISFORT) et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie écologique de l’UQO, ainsi que de M. Rémi Quirion, scientifique en Chef du Québec, dévoilait le Plan d’agriculture durable 2020-2030. SUCO accueille positivement ce plan qui marque un premier pas vers une agriculture écologiquement responsable. 

Quelques éléments porteurs du PAD

SUCO tient à souligner les éléments porteurs d’une véritable transition contenue dans ce plan, soient : 

  • Une enveloppe budgétaire de 125 millions de dollars sur 5 ans, dont 30 millions pour le développement des connaissances;
  • La volonté de travailler avec les consommateurs.trices et producteurs.trices québécois.es par exemple en associant le PAD à la politique bioalimentaire 2018-2025 .

Nous partageons également les éléments porteurs soulevés par Équiterre, soit que le PAD:

  • Vise l’atteinte de résultats concrets et mesurables par des actions ciblées;
  • Vise à accélérer l’implantation de pratiques agroenvironnementales;
  • Mise sur la flexibilité, son pouvoir catalyseur et l’adaptation à la diversité régionale;
  • Place les producteurs au cœur de l’action, en reconnaissant notamment leurs compétences, innovations et efforts dans la mise en place de pratiques agroenvironnementales;
  • Les préoccupations grandissantes que les consommatrices et les consommateurs ont vis-à-vis de l’empreinte écologique des produits qu’ils consomment, incluant les produits agricoles;
  • L’interrelation entre l’agriculture et les changements climatiques, à la fois en termes d’émission de GES et d’adaptation aux répercussions des changements climatiques;

Bien que le plan d’agriculture durable semble être un pas dans la bonne direction, sa mise en œuvre devra être suivie de près par les acteurs et actrices clés de même que par les mouvements sociaux et environnementaux, car le succès de la transition repose sur des détails importants.  Nous dénotons deux aspects sur lesquels nous devons porter un œil plus vigilant afin de réaliser une transition juste et verte. 

Quelle recherche sera financée?

Le financement accordé par le PAD indique que 30 millions seront dédiés à la recherche. De prime abord, cet investissement est une excellente nouvelle; par contre, à qui ces fonds seront-ils versés et à quoi serviront-ils demeure incertain.  Serviront-ils à approfondir la recherche dans l’agriculture industrielle ou les fonds iront à des praticiens.iennes et chercheurs.euses qui pourront soutenir d’autres recherches prometteuses en agriculture durable?

À titre d’exemple, le rapport Money Flows publié par IPES-Food, en avril 2020, révélait qu’en Afrique l’agroécologie demeure marginale dans les flux de financement :  « Notons que 85 % des projets financés par la Fondation Bill et Mélinda Gates (BMGF) et plus de 70 % des projets menés à bien par les instituts de recherche kényans se cantonnaient à soutenir l’agriculture industrielle et/ou à accroître son efficacité au moyen d’approches ciblées telles que l’amélioration de l’usage des pesticides, les vaccins pour le bétail ou les réductions des pertes après la récolte ».

La question sous haute surveillance est donc : quelle forme de recherche sera financée avec ces 30 millions?

Le rôle des circuits courts dans une politique agricole

Le manque de précision concernant les investissements est certes un aspect important, mais le grand absent du plan est le rôle des circuits courts dans le développement agricole du Québec.

En fait, une approche systémique qui associe sécurité alimentaire, développement du territoire et développement économique devrait aussi mentionner les circuits courts. Pourtant le PAD ne mentionne pas le développement de circuits courts, ce qui soulève une autre importante question :

Pour qui produisons-nous cette nourriture? Qui sont les consommateurs de produits agricoles québécois?

Comme le mentionne la docteure Florence Egal, membre du Forum global sur la sécurité alimentaire et la nutrition de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO), la marchandisation des aliments se reflète dans les politiques agricoles, qui sont construites sur l’offre : « on va produire ça, on va le transformer, et après on va faire de la publicité pour que les gens l’achètent ».

Bien que le plan québécois ne soit pas explicitement formulé de cette façon, en ne parlant pas des circuits courts, on pourrait croire que la vision de développement du secteur agricole québécois est basée sur la marchandisation des produits agricoles et non pas, comme le dit Egal, sur « les besoins des populations en aliments sains, abordables, culturellement acceptables et cultivés de façon à avoir un faible impact environnemental ». Tel que présenté, le PAD semble soutenir la production d’aliments de façon plus écoresponsable, mais qui ne sont pas destinés à priori à nourrir la population québécoise.

Enfin, comme le souligne la FAO, les circuits courts ou l’économie circulaire et solidaire, rétablit le lien entre les productrices et les producteurs avec les consommatrices et les consommateurs. Ces deux aspects fournissent d’ailleurs des solutions novatrices pour vivre en tenant compte des limites de notre planète, tout en établissant les fondements sociaux d’un développement inclusif et durable.

L’absence de ce concept dans le PAD est donc pour le moins étonnante et contraire aux principes de systèmes alimentaires viables soutenus par les approches de SUCO dans nos pays d’interventions.

Le plan d’agriculture : un pas en avant, plusieurs inconnus

À la suite de ce lancement, la question finale est : quelles sont les finalités du plan d’agriculture durable ?

Est-ce de soutenir le développement économique et territorial du Québec tout en favorisant l’écoulement des produits agricoles écoresponsables sur les marchés internationaux ou bien la finalité est de renforcer les systèmes alimentaires et l’autonomie alimentaire du Québec par le développement de circuits courts de distribution alimentaire tout en soutenant le développement économique régional ?

Renseignements supplémentaires:
Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
514 272-3019 poste 235
Courriel : genevievetalbot@suco.or,g