Le Plan d’agriculture durable : le début d’un système alimentaire viable ?

En octobre dernier, le Gouvernement du Québec accompagné d’acteurs clés de l’agriculture au Québec a dévoilé le Plan d’Agriculture durable(PAD). Nous avons d’ailleurs indiqué certains aspects positifs dans l’Article Le Plan d’agriculture durable : un pas dans la bonne direction rédigé par Geneviève Talbot, Chargée de programme – Pôle Afrique. Cependant, l’absence de vision territoriale des systèmes alimentaires et des principes de l’agroécologie méritent que nous réfléchissions sur les systèmes alimentaires viables et l’environnement.

Est-ce le début d’un système alimentaire viable ?

Le lien que fait le PAD avec la politique bioalimentaire est à saluer, car il est important de renforcer la vision de système alimentaire et d’établir le lien entre la production agricole et la consommation. En liant le PAD à la politique bioalimentaire, le gouvernement québécois paraît se rapprocher de la vision de système alimentaire viable telle que définis par l’organisme Vivre en Ville :

 « un réseau de collaboration territorial qui intègre la production, la transformation, la distribution et la consommation de produits alimentaires ainsi que la gestion des matières résiduelles, dans le but d’accroître la santé environnementale, économique et sociale de la collectivité. Il comprend les acteurs, les activités et les infrastructures soutenant la sécurité alimentaire d’une population et repose sur une gouvernance alimentaire territoriale »

Vivre en Ville, d’après FCM, 2010 ; GIEC, 2014

Cependant, comme mentionné dans l’article précédent, en ne parlant pas spécifiquement des circuits courts, le PAD ne semble pas tenir compte de l’aspect de développement territorial des systèmes alimentaire. Cette vision territoriale, tel que mise de l’avant par Vivre en Ville, intègre l’ensemble de la chaîne et est effectivement un pas vers une approche systémique des systèmes alimentaires. Comme le soulignait le ministre dans son allocution lors du lancement du plan, une politique agricole est un maillon important pour dynamiser un territoire. Dans ces circonstances, il est étonnant que le PAD ne fasse donc pas mention des circuits courts et des marchés locaux comme outils de distribution des produits agricoles.

Un aspect intéressant du plan d’agriculture durable est qu’il considère le secteur agricole comme un important acteur en termes d’émission de GES. Par exemple, en visant la réduction de l’usage des pesticides, le plan fait un effectivement un pas vers la transition écologique. D’ailleurs, la présence d’azote dans les engrais utilisés en agriculture est très problématique. L’azote (N2O) est un gaz à effet de serre ayant 300 fois plus d’impact en termes de réchauffement de la planète (Source: Source Nature) que le CO2. En limitant l’usage d’engrais azoté, le PAD contribue donc à réduire les émissions de GES du Québec.
Cette prise en compte de la complexité des questions environnementales et de l’interdépendance des enjeux sanitaires, environnementaux et économiques est primordiale devrait être plus explicite dans tout plan d’agriculture durable. La crise causée par la COVID-19 démontre l’interdépendance de ces enjeux et de la nécessité d’une approche systémique.

Les sols et la gestion efficiente des ressources naturelles : des principes en agroécologie

Si le secteur agricole est un émetteur de GES, ce même secteur a aussi un étonnant potentiel pour les absorber. C’est par l’entremise des sols, et en particulier des sols en santé, que l’agriculture pourrait jouer un rôle clé dans l’adaptation aux changements climatiques. En réalité, en augmentant la capacité des sols à absorber les GES, les pratiques agroécologiques peuvent être des alliées dans la lutte aux changements climatiques.

L’agroécologie s’appuie sur des principes de diversité, d’utilisation efficiente des ressources naturelles, de recyclage des nutriments, de régulation naturelle et de synergie entre les composantes d’agroécosystèmes. Ces principes contribuent à la mise en œuvre de pratiques agricoles adaptées aux changements climatiques qui améliorent la résilience des cultures. Par exemple :

  • les techniques de conservation de l’eau permettent aux cultures de mieux faire face à un déficit pluviométrique imprévu (absorption) ;
  • la diversité variétale à disposition de l’agriculteur.trice lui permet de choisir avant la saison culturale quelle sera la (les) variété(s) optimale(s) à planter (préparation aux variations à moyen terme) ;
  • la diversité des variétés, des cultures et le couplage avec l’élevage donnent à un agrosystème une capacité de transformation qui lui permet de survivre aux grands changements de long terme.

De nombreux cas présentent aussi le potentiel des pratiques agroécologiques pour transformer les sols en puits de carbone. Par exemple, en augmentant la biomasse totale des parcelles cultivées, en assurant une couverture du sol tout au long de l’année, en favorisant l’accumulation de matière organique (et donc de carbone) dans le sol, les pratiques agroécologiques atténuent les impacts négatifs des changements climatiques. Au final, la séquestration de carbone dans le sol par un processus naturel de la biomasse contribue davantage à la fonction d’atténuation du changement climatique par l’agroécologie.
Le rôle du secteur agricole dans les changements climatiques doit être collectivement analysés et les réponses que peut apporter ce même secteur aux enjeux climatiques doivent aussi être exploré de façon collective. L’approche agroécologique soutenue par SUCO est résolument du côté de la protection de l’environnement et prône le changement des pratiques agricoles qui ont des effets négatifs sur les ressources naturelles, et ce, que ce soit l’utilisation de produits chimiques (engrais, pesticides), la culture sur brûlis, la monoculture, etc.

Un plaidoyer pour la diversité des modèles agricoles 

Le Plan d’agriculture durable du Québec illustrent avec pertinence la question qui devrait être au cœur de la transition écologique : quels modèles agricoles voulons-nous mettre de l’avant ?

Est-ce le modèle agro-industriel reposant entre autres sur l’apport de travailleurs migrants pour produire des produits destinés prioritairement aux marchés internationaux ou plutôt un modèle favorisant l’ancrage territorial des activités agroalimentaires?

Selon le gouvernement, le PAD « tient compte des diverses caractéristiques du vaste territoire agricole québécois et mobilise les acteurs qui l’animent pour assurer la prospérité de l’agriculture ». Pourtant, la reterritorialisation (ou relocalisation) des systèmes alimentaires n’est pas considérée dans le plan proposé. Selon Collectivités viables, cette reterritorialisation « offre l’occasion de mieux articuler compétitivité économique, dynamiques sociales et contraintes environnementales. Ce processus implique de mieux comprendre où et comment les aliments sont produits, transformés, transportés, échangés, consommés et revalorisés » (Source : Collectivités viables). Une telle vision de l’agriculture et des systèmes alimentaires serait une belle occasion de lier agriculture et développement local.

Si le Plan d’agriculture durable devenait un outil favorisant la coexistence de différents modèles agricoles sur le territoire québécois, on pourra alors parler d’agriculture durable. Bien que l’agriculture durable signifie de produire de façon écologique, c’est aussi beaucoup plus. L’agriculture durable implique d’aborder également la diversité des modèles agricoles, la question des circuits courts, les enjeux liés à la relève agricole et d’appuyer la recherche et le développement en agroécologie.

Le Plan d’agriculture durable peut être considéré comme un pas dans la bonne direction, mais à nous de nous mobiliser pour faire en sorte qu’il devienne un outil vers la transition écologique.


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
514 272-3019 poste 235