Faim zéro d’ici à 2030, les systèmes alimentaires une solution ?

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Les systèmes alimentaires, une solution à la faim?

En octobre 2021 aura lieu à New York le Sommet sur les systèmes alimentaires. Convoqué par M. António Guterres, Secrétaire général de l’ONU,  ce sommet prend tout son sens lorsqu’on sait qu’en 2020 entre 720 à 811 millions de personnes ont souffert de la faim dans le monde, selon le dernier rapport de la FAO L’État de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, soit environ 118 millions de personnes de plus qu’en 2019 si l’on prend en compte le milieu de la fourchette (768 millions). On pourrait croire que cette augmentation de la faim et de la malnutrition est due à la pandémie, mais dans les faits cette dernière n’a fait qu’exacerber une tendance déjà bien installée. Depuis le milieu des années 2010, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) sonnent l’alarme! 

Nous ne sommes pas sur la bonne voie pour atteindre l’Objectif du Développement durable 2, soit la Faim zéro d’ici à 2030. Cette tendance, comme le souligne d’ailleurs la FAO dans le rapport Vue d’ensemble régionale de la sécurité alimentaire et de la nutrition en Afriques’explique par la prolifération des conflits, les crises climatiques et économiques qui se chevauchent et se nourrissent l’une l’autre. La COVID-19 aura donc été un révélateur d’une situation qui allait déjà en s’empirant. Elle aura aussi, parallèlement, creusé les inégalités entre les femmes et les hommes sur les questions alimentaires.

Pour 10 hommes en situation d’insécurité alimentaire en 2020, on comptait 11 femmes dans la même situation. « Et de nouveau c’est lié à la pandémie », a expliqué Dominique Burgeon, Directeur du Bureau de la FAO à Genève. « Les femmes continuent à devoir s’occuper de leur ménage dans des conditions qui sont rendues beaucoup plus difficiles par la situation de la pandémie, tant en matière d’accès à des vivres de qualité qu’à des quantités suffisantes d’aliments. Donc tout cela a exacerbé les tendances et compliqué davantage la situation des femmes en particulier ». – Source : ONU info, L’année de la pandémie est marquée par une hausse de la faim dans le monde

La transformation de nos systèmes alimentaires mondiaux est primordiale

Au lancement de ce Sommet, M. Guterres, a mis la table sur l’importance de cet événement international en soulignant qu’il « est inacceptable que la faim augmente alors que le monde gaspille plus d’un milliard de tonnes de nourriture chaque année. Il est temps de changer nos modes de production et de consommation, y compris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La transformation des systèmes alimentaires est essentielle à la réalisation de tous les objectifs de développement durable. En tant que grande famille humaine, nous devons absolument créer un monde délivré de la faim. »  Les Nations Unies cherchent donc à transformer les systèmes alimentaires pour contrecarrer les tendances actuelles. Une approche d’ailleurs mise de l’avant par SUCO depuis quelques années sous notre axe systèmes alimentaires viables.

Ce Sommet rassemblera donc des parties prenantes clefs provenant des mondes de la science, des affaires, de la politique et de la santé avec des universitaires, des agriculteurs, des membres de communautés autochtones, des organisations de jeunes, des groupes de consommateurs, des militants écologistes et d’autres secteurs tout aussi essentiels pour réfléchir et faire émerger des solutions aux systèmes alimentaires mondiaux qui exacerbe la faim dans le monde et amenuisent les chances d’atteindre l’ODD 2.

Les objectifs de ce sommet se résument ainsi :

  1. Produire des mesures concrètes axées sur la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et des progrès tangibles dans ce domaine.
  2. Sensibiliser et éclairer le débat public concernant la façon dont la refonte de nos systèmes alimentaires peut tous nous aider à atteindre les objectifs de développement durable.
  3. Élaborer des principes pour orienter les gouvernements et les autres parties prenantes comptant tirer parti de leurs systèmes alimentaires pour atteindre les objectifs de développement durable. 
  4. Créer un système de suivi et d’examen, afin que les résultats obtenus par le Sommet continuent d’engendrer de nouvelles mesures et des progrès

En route vers le Sommet : entre controverses et alternatives

Si les objectifs de ce Sommet sont ambitieux, ils sont pertinents et intéressants. Toutefois, le processus y menant et la tenue de ce dernier ne sont pas sans controverse. En effet, comme le mentionnent l’actuel Rapporteur spécial des Nations Unies sur le Droit à l’alimentation, M. Michael Fakhri et deux de ces prédécesseurs, soit Hilal Elver et Oliver De Schutter, dans l’article The UN Food Systems Summit : How Not to Respond to the Urgency of Reform, les organisateurs du Sommet sont critiqués pour avoir contourné des processus multilatéraux déjà bien établi et auxquels prenaient part des organisations de la société civile comme le Comité des Nations Unies sur la Sécurité alimentaire mondiale (CFS : Structure du CSA) au profit d’une nouvelle approche multipartite. Au final, ces nouvelles procédures semblent favoriser les corporations et acteurs de l’industrie agroalimentaire au détriment des organisations paysannes, faîtières et consommateurs.

La tenue du pré-sommet à Rome, du 26 au 28 juillet 2021, illustre comment les organisateurs des Nations Unies ont pu contourner les processus de consultation déjà établis. Le pré-sommet vise à consolider les enjeux discutés lors du processus d’engagement public, des consultations et de la collecte de données débutés en 2020 par le Sommet. Pourtant, seuls certains pourront prendre part à ce pré-sommet et la sélection des participants est aussi sujette à critique.

Devant cette situation controversée, le mouvement La Via Campesina propose l’organisation d’un contre-sommet les 25, 26 et 27 juillet 2021 afin de réaffirmer les solutions historiquement construites, et basées sur les principes de la souveraineté alimentaire, principes que soutien et mets en œuvre SUCO, soit « la souveraineté alimentaire à travers des méthodes de production agroécologiques paysannes [qui] offre la voie vers un système alimentaire radicalement différent qui peut apporter la justice sociale et combattre la faim. » – Source: La Via Campesina

Au-delà du système, SUCO intervient

Au-delà des dissensions sur l’organisation et le processus menant au Sommet sur les systèmes alimentaires de l’ONU, il demeure que la faim et la malnutrition augmentent dans le monde et en particulier dans les régions d’intervention de SUCO en Afrique de l’Ouest et en Amériques du Sud et caraïbes. Ce constat à lui seul est suffisant pour nous mobiliser, surtout lorsque nous savons que des solutions existent et sont déjà mises en œuvre. Dans un prochain article, nous présenterons les enjeux actuels des systèmes alimentaires et les actions mises de l’avant par SUCO.

Source : site internet de La via campesina

Crédits photos: sites internet des Nations Unies et de La Via Campesina

Renseignements supplémentaires :

Geneviève Talbot
Chargée de programme – Pôle Afrique
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