Le Plan d’agriculture durable : le début d’un système alimentaire viable ?

 

 

En octobre dernier, le Gouvernement du Québec accompagné d’acteurs clés de l’agriculture au Québec a dévoilé le Plan d’Agriculture durable(PAD). Nous avons d’ailleurs indiqué certains aspects positifs dans l’Article Le Plan d’agriculture durable : un pas dans la bonne direction rédigé par Geneviève Talbot, Chargée de programme – Pôle Afrique. Cependant, l’absence de vision territoriale des systèmes alimentaires et des principes de l’agroécologie méritent que nous réfléchissions sur les systèmes alimentaires viables et l’environnement.

Est-ce le début d’un système alimentaire viable ?

 

Les sols et la gestion efficiente des ressources naturelles : des principes en agroécologie

Si le secteur agricole est un émetteur de GES, ce même secteur a aussi un étonnant potentiel pour les absorber. C’est par l’entremise des sols, et en particulier des sols en santé, que l’agriculture pourrait jouer un rôle clé dans l’adaptation aux changements climatiques. En réalité, en augmentant la capacité des sols à absorber les GES, les pratiques agroécologiques peuvent être des alliées dans la lutte aux changements climatiques.

L’agroécologie s’appuie sur des principes de diversité, d’utilisation efficiente des ressources naturelles, de recyclage des nutriments, de régulation naturelle et de synergie entre les composantes d’agroécosystèmes. Ces principes contribuent à la mise en œuvre de pratiques agricoles adaptées aux changements climatiques qui améliorent la résilience des cultures. Par exemple :

  • les techniques de conservation de l’eau permettent aux cultures de mieux faire face à un déficit pluviométrique imprévu (absorption) ;
  • la diversité variétale à disposition de l’agriculteur.trice lui permet de choisir avant la saison culturale quelle sera la (les) variété(s) optimale(s) à planter (préparation aux variations à moyen terme) ;
  • la diversité des variétés, des cultures et le couplage avec l’élevage donnent à un agrosystème une capacité de transformation qui lui permet de survivre aux grands changements de long terme.

De nombreux cas présentent aussi le potentiel des pratiques agroécologiques pour transformer les sols en puits de carbone. Par exemple, en augmentant la biomasse totale des parcelles cultivées, en assurant une couverture du sol tout au long de l’année, en favorisant l’accumulation de matière organique (et donc de carbone) dans le sol, les pratiques agroécologiques atténuent les impacts négatifs des changements climatiques. Au final, la séquestration de carbone dans le sol par un processus naturel de la biomasse contribue davantage à la fonction d’atténuation du changement climatique par l’agroécologie.
Le rôle du secteur agricole dans les changements climatiques doit être collectivement analysés et les réponses que peut apporter ce même secteur aux enjeux climatiques doivent aussi être exploré de façon collective. L’approche agroécologique soutenue par SUCO est résolument du côté de la protection de l’environnement et prône le changement des pratiques agricoles qui ont des effets négatifs sur les ressources naturelles, et ce, que ce soit l’utilisation de produits chimiques (engrais, pesticides), la culture sur brûlis, la monoculture, etc.

Un plaidoyer pour la diversité des modèles agricoles 

Le Plan d’agriculture durable du Québec illustrent avec pertinence la question qui devrait être au cœur de la transition écologique : quels modèles agricoles voulons-nous mettre de l’avant ?

Est-ce le modèle agro-industriel reposant entre autres sur l’apport de travailleurs migrants pour produire des produits destinés prioritairement aux marchés internationaux ou plutôt un modèle favorisant l’ancrage territorial des activités agroalimentaires?

Selon le gouvernement, le PAD « tient compte des diverses caractéristiques du vaste territoire agricole québécois et mobilise les acteurs qui l’animent pour assurer la prospérité de l’agriculture ». Pourtant, la reterritorialisation (ou relocalisation) des systèmes alimentaires n’est pas considérée dans le plan proposé. Selon Collectivités viables, cette reterritorialisation « offre l’occasion de mieux articuler compétitivité économique, dynamiques sociales et contraintes environnementales. Ce processus implique de mieux comprendre où et comment les aliments sont produits, transformés, transportés, échangés, consommés et revalorisés » (Source : Collectivités viables). Une telle vision de l’agriculture et des systèmes alimentaires serait une belle occasion de lier agriculture et développement local.

Si le Plan d’agriculture durable devenait un outil favorisant la coexistence de différents modèles agricoles sur le territoire québécois, on pourra alors parler d’agriculture durable. Bien que l’agriculture durable signifie de produire de façon écologique, c’est aussi beaucoup plus. L’agriculture durable implique d’aborder également la diversité des modèles agricoles, la question des circuits courts, les enjeux liés à la relève agricole et d’appuyer la recherche et le développement en agroécologie.

Le Plan d’agriculture durable peut être considéré comme un pas dans la bonne direction, mais à nous de nous mobiliser pour faire en sorte qu’il devienne un outil vers la transition écologique.


Renseignements supplémentaires:

Geneviève Talbot

Chargée de programme – Pôle Afrique
514 272-3019 poste 235
Courriel : genevievetalbot@suco.org