La violence faite aux femmes : BASTA!

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¡So so so, Solidaridad!
¡No no no, No más impunidad!
¡Para las mujeres que merecemos libertad!*

Le 25 novembre est la journée internationale pour l’élimination de la violence faite aux femmes. Cette journée est bien spéciale pour Las Hormigas (les fourmis), partenaire de SUCO à La Esperanza au Honduras, une association de femmes ayant pour mission d’appuyer les femmes victimes de violence à défendre leurs droits et à lutter contre l’impunité. Cette journée est non seulement l’occasion de mettre en œuvre un événement de sensibilisation d’envergure à chaque année, mais elle permet également d’organiser une commémoration pour honorer la mémoire des femmes tuées au pays. Et malheureusement, elles sont nombreuses…

En effet, on retrouve au Honduras l’un des plus fort taux de violence envers les femmes au monde, tant et si bien qu’un concept a été inscrit en 2013 dans le code pénal hondurien : le féminicide.

On parle de féminicide lorsqu’on fait face à un cas de violence commise contre les femmes qui résulte en des homicides ou toute autre forme de mort violente. Ce phénomène s’observe lorsque l’on combine une violation des droits humains à des conduites misogynes pouvant impliquer l’impunité sociale et de l’État. En bref, c’est une violence systémique dirigée contre les femmes… parce qu’elles sont femmes. Ses manifestations à l’échelle de la planète sont diverses : sélection prénatale, meurtre de filles à la naissance, tueries de masse, crimes d’honneur, femmes tuées par leurs conjoints ou par des inconnus dans la rue… La violence machiste est la première cause de mortalité des femmes de 16 à 44 ans dans le monde.

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Honduras : des statistiques en hausse

Au Honduras, le Centre des droits des femmes a calculé qu’un meurtre de femme sur deux est un féminicide. En 2005, 175 femmes ont été assassinées ; en 2009, le chiffre montait à 373 ; en 2011 on atteignait les 552 et en 2012, 636.[3],[4] Au total, on ne compte pas moins de 4 020 femmes assassinées au pays entre 2005 et 2014, avec des hausses de statistiques effarantes. En 2014, le taux de morts violentes pour les femmes a atteint 12 pour 100 000 habitants, dépassant le seuil de l’épidémie de 8,8 morts pour 100 000 fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).[5] Nommons les choses telles qu’elles le sont : on assiste au pays à une épidémie de meurtres de femmes !Ainsi, au Honduras, une femme est assassinée toutes les 14h.[6]

Ces crimes ont des caractéristiques similaires : les victimes sont généralement des femmes à  faibles revenus, entre 15 et 24 ans. Dans la quasi-totalité des cas, on constate que les victimes ont également subi des violences sexuelles. Malheureusement, jusqu’à ce jour, le nouveau dispositif du code pénal hondurien concernant les féminicides n’a jamais été utilisé afin d’appuyer les procédures légales et permettre que justice soit faite dans de tels dossiers. Cinq cas ont bien été présentés, mais les dossiers n’ont pas eu de suite. Un autre symbole de cette impunité tant décriée par les associations de femmes ainsi que de la corruption sans limite qui gangrène le pays depuis des années…

Cette impunité contribue très certainement à la normalisation de la violence de genre, et à ces hausses inquiétantes d’actes violents envers les femmes qui sont observées depuis quelques années, sachant que 80% des assassinats ne seront jamais judiciarisés et que, de ceux qui le sont, 95% ne résultent en aucune peine pour les agresseurs.[7] Le manque de volonté politique, plus que flagrant, se traduit par des omissions importantes et de la négligeance de la part des autorités lors des différentes investigations.

Sortir du cycle de la violence machiste

Pour se sortir d’un tel cycle de violence, il faut d’abord et avant tout, en tant que société, prendre conscience de la situation : ces femmes sont tuées avant tout parce qu’elles sont femmes. Au niveau légal, un meurtre commis à l’endroit de quelqu’un en raison de son ethnie, sa nationalité, sa race, sa religion ou son orientation sexuelle constitue une circonstance aggravante : de nos jours, on reconnait spontanément un crime raciste, par exemple. En ce qui concerne les crimes sexistes, cette reconnaissance manque cruellement. Il faut travailler davantage pour que la société prenne conscience que le sexisme peut mener au meurtre également.

Malheureusement, et c’est bien ce qui est le plus dramatique, ce type de crime est normalisé et internalisé. Il est perçu comme d’une banalité accablante.[8] On le constate en observant le traitement médiatique réservé aux cas de féminicides. Dans les journaux, les reportages, les nouvelles, on parle bien souvent de « crime passionnel », de « meurtre d’amour ». Comment peut-on qualifier « d’amour » un meurtre, l’expression la plus pure de haine ou d’indifférence? Il s’agit bien souvent de violence provoquée par le refus d’une femme des avances d’un homme ou encore par la jalousie de celui-ci. Le message est clair : une femme n’a pas le droit de dire « non ».[9]

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Des conditions difficiles pour les femmes honduriennes

Si les conditions des femmes honduriennes sont déjà difficiles compte tenu de la violence machiste systémique au pays, elles le sont d’autant plus depuis le coup d’État de 2009. À partir de cette date, la corruption et l’impunité ont pris une ampleur sans précédents. Les histoires d’abandon des charges contre un meurtrier par « manque de preuve » car « c’est un ami du député » ne sont pas rares. La pauvreté importante présente au pays rend aussi plus difficile la défense des droits et l’application de la justice. Nous apprenions tout récemment le cas d’une dame qui a abandonné les charges contre le meurtrier de sa propre fille… en échange d’une somme d’argent.

En plus, les droits des femmes en général ont subi un fort recul après le coup d’État de 2009. Les législations concernant l’avortement, déjà illégal à l’époque, se sont encore plus resserrées. Le Honduras a ainsi l’une des législations les plus sévères au monde en ce qui concerne l’avortement : même l’avortement accidentel y est illégal et peut mener à la prison[10]. La pilule du lendemain, autrefois permise, a été déclarée illégale par décret en 2009, quelques mois seulement après le coup d’État.[11] 5% du budget des municipalités était autrefois dédié à la prévention de la violence faite aux femmes ; cette disposition a été annulée par le président.

Au Honduras, la défense des droits des femmes n’est pas chose aisée. En 2015, Gladys Lanza, une militante hondurienne pour les droits des femmes a reçu une peine de prison de 18 mois pour avoir divulgué une dénonciation d’abus sexuel. À La Esperanza, le bureau de Las Hormigas est protégé par un système de caméra vidéo afin d’assurer une meilleure sécurité. Les histoires de menaces – allant même jusqu’aux menaces de mort – envers des militantes et des défenseuses des droits des femmes ne sont pas rares. Ces femmes poursuivent malgré tout la lutte et y mettent tout leur cœur dans l’espoir qu’un jour, leurs filles vivront dans un monde différent, libre de violence.

Une problématique sans frontières

N’oublions pas pour autant le chemin qu’il reste à parcourir chez nous, au Québec. Il n’y a qu’à penser aux récents scandales sur les dénonciations d’abus sexuels commis par des policiers contre des femmes autochtones à Val d’Or pour réaliser que la violence faite au femmes n’est pas l’apanage du Honduras, ni une problématique propre aux pays en voie de développement. En cette journée internationale contre les violences faites aux femmes, soulignons le travail acharné des femmes d’ici et d’ailleurs pour faire reconnaître leurs droits et pour lutter contre la violence dont elles souffrent encore beaucoup trop. Luttons contre l’indifférence, le sexisme ordinaire et le machisme, qui font obstacle à l’épanouissement des femmes, partout à travers le monde. Battons-nous pour que les droits de l’homme soient aussi… les droits des femmes.

Un article d’Ariane Sylvain-Salvador, stagiaire PSIJ , rédigé avec l’appui de Delmy Martinez, représentante de SUCO au Honduras

Le Programme de stages internationaux pour les jeunes (PSIJ) est réalisé avec l’appui financier du gouvernement du Canada accordé par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.

Sources:

  1. [1] http://cdhal.org/feminicides
  2. [2] http://www.reconnaissonslefeminicide.fr/
  3. [3] http://www.elheraldo.hn/sucesos/621722-219/femicidio-tendra-pena-de-entre-30-y-40-anos-en-honduras
  4. [4] http://www.lemonde.fr/international/article/2015/06/25/le-honduras-face-a-une-epidemie-de-meurtres-de-femmes_4661149_3210.html
  5. [5] http://www.lemonde.fr/international/article/2015/06/25/le-honduras-face-a-une-epidemie-de-meurtres-de-femmes_4661149_3210.html#WSqmoIcd1ARlfzXe.99
  6. [6] http://www.lemonde.fr/international/article/2015/06/25/le-honduras-face-a-une-epidemie-de-meurtres-de-femmes_4661149_3210.html
  7. [8] http://www.huffingtonpost.fr/elsa-godart/le-feminicide-le-meurtre-au-feminin_b_6837292.html
  8. [9] http://madame.lefigaro.fr/societe/feminicide-tuer-femme-doit-etre-reconnu-comme-crime-specifique-281014-986498
  9. [10] http://www.actulatino.com/2015/01/26/salvador-une-jeune-femme-victime-d-un-avortement-spontane-est-finalement-graciee/
  10. [11] http://www.laprensa.hn/honduras/tegucigalpa/742801-98/m%C3%A9dicos-sin-fronteras-pide-a-honduras-legalizar-las-p%C3%ADldora-del-d%C3%ADa-despu%C3%A9s