La gestion environnementale locale au cœur du développement

Entre défis environnementaux et résilience des communautés

Le projet Dund ak Keew bi : Gouvernance locale pour l’adaptation aux changements climatiques dans 6 communes du Plateau de Thiès a été clôturé en juin dernier avec la présence des acteurs et des actrices locaux, les maires de ces communes du Plateau de Thiès, les partenaires au développement, la représentation de la Délégation générale du Québec à Dakar, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et les participants et participantes du projet. Cette rencontre a été l’occasion de partager les réalisations tangibles du projet et d’échanger sur ses impacts au sein des communautés.

Devant la rapide dégradation de l’environnement, à l’insuffisance du savoir-faire, des moyens techniques et financiers ainsi qu’à l’insuffisance de la concertation entre les acteurs pour faire une gouvernance participative de l’environnement afin de lutter contre les changements climatiques, SUCO a initié en 2017 ce projet en collaboration avec le GRAIM, grâce à l’appui financier du gouvernement du Québec, de la FAO et de la Fondation Roncalli, avec pour objectif de renforcer les capacités d’adaptation et de résilience des six communes. À terme, le projet améliore de manière durable les conditions environnementales du Plateau de Thiès.

L’enjeu clé de ce projet a donc été de mettre en place des mécanismes de gouvernance environnementale locale dans une approche participative de planification et de gestion concertée des territoires, en intégrant particulièrement les femmes et les jeunes.

Vers une approche participative en gestion environnementale locale

L’initiative a servi de référence pour mettre à l’essai et vulgariser une approche en gestion environnementale qui repose sur une convergence des visions entre les acteurs et actrices, dont SUCO et les partenaires locaux au Sénégal. Le document L’émergence d’une gouvernance environnementale locale à Thiès, au Sénégal. Conditions de succès et leçons apprises présentent d’ailleurs nos apprentissages. L’approche mise de l’avant dans le projet Dund ak Keew bi jette les bases d’une gouvernance participative et inclusive reposant sur une compréhension commune et partagée qui permet de trouver des solutions locales, réalistes et adaptées. Elle s’articule autour de trois domaines d’actions prioritaires, assortis de six conditions favorables pour assurer son succès. Il s’agit de la création et le maintien de réseaux d’actrices et d’acteurs, le développement des capacités d’influence des espaces de concertations des actrices et des acteurs qui les occupent et enfin la convergence d’actrices et d’acteurs ainsi que de ressources.

L’approche est également centrée sur les droits et la participation des femmes, et ce, à tous les niveaux et processus d’élaboration et d’implémentation des solutions concertées localement. À titre d’exemple, le projet a permis l’émergence d’association de femmes dans chaque commune et au niveau des comités de pilotage. Ainsi, les femmes deviennent des actrices centrales dans les processus décisionnels et la reconnaissance de leur rôle dans les enjeux environnementaux et économiques. 

La démarche de concertation et de renforcement des capacités des actrices et acteurs locaux mise en œuvre favorise donc une gestion participative, efficiente et responsable des ressources au niveau local. Cette dynamique provoque par ailleurs des retombées économiques locales, une gestion des ressources plus responsable et mieux planifiée. Bref, un gage de l’acceptabilité sociale des interventions qui en découlent.




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Entre réseau de partenariat et démarche inclusive

Les expériences tirées de ce projet montrent à quel point, la collaboration en réseau de partenariat peut générer des résultats de développement tangibles qui influencent le développement durable au sein des communautés. Comme le démontrent les différents témoignages, cette démarche inclusive et l’implication communautaire ont grandement favorisé la collaboration et la concertation vers des objectifs communs.

Nous avons été associés depuis le Comité régional de Développement (CRD), qui s’était tenu à Thiès, au démarrage du projet et nous apprécions la disponibilité de l’animateur du GRAIM.

– Leader communautaire | Commune de Chérif Lô

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La mairie a été impliquée au niveau du choix des sites et de l’accompagnement des bénéficiaires. Elle s’est approprié le projet et la mise en place du comité de pilotage contribue à notre implication et à la durabilité du projet.

– Chef de village | Commune de Chérif Lô

D’approches innovantes à des résultats tangibles

Par sa vision systémique de la gestion des ressources naturelles, DUND AK KEEW BI a véritablement favorisé la synergie entre les différentes actrices et acteurs de changements dans les communes visées, que l’on parle des mairies, des agents des Eaux et forêts, des vétérinaires, des groupements de femmes ou des éleveurs. En ce sens, les activités identifiées et proposées tout au long du projet s’insèrent dans les Plans communaux d’actions environnementales (PCAE) et font partie de la gouvernance environnementale locale. 

L’approche participative a finalement contribué à des résultats de développement qui impacte autant les communautés en termes de gestion environnementale que de développement économique. En fait, en ciblant des résultats environnementaux ayant une portée économique, l’initiative a produit des effets tangibles qui posent les bases d’un développement durable. Parmi les retombées positives qui ont amélioré la qualité de l’environnement et la gestion durable des ressources, notons :

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19 584 plants

Le reboisement de 19 584 plants — soit l’équivalent d’environ 17,80 ha, si on considère qu’il faut 1100 plants pour reboiser 01 ha — avec des taux de survie relativement très élevés variant entre 44 et 80 %, excepté à Fandène et à Bandia où les plantes ont été broutées par le bétail en divagation, est une grande réussite du projet. 

22 bois de villages

La création et/ou le renforcement de 4 bois de villages pour les femmes et de 18 bois de village — d’environ 0,5 à 01 ha de superficie — qui ont été clôturés par du grillage afin de lutter contre la divagation du bétail.

26 pépinières villageoises

L’installation et/ou la réinstallation de 26 pépinières villageoises contribuant à la production d’environ 70 000 plantes entre 2018 et 2020.

7931 arbres protégés

La protection de 7931 arbres avec la régénération naturelle assistée (RNA) — méthode traditionnelle, théorisée dans les années 1980 qui est adaptée pour les zones arides ou semi-arides, pour reboiser un terrain dont les arbres ont été coupés — sur une superficie d’environ 199 hectares.

123 personnes formées

La formation de 123 agriculteurs et agricultrices formés·es sur la régénération naturelle assistée (RNA) et appuyés en matériel.

2503 fours jambar

Sensibilisation des populations et distribution de 2503 fours jambar par les Groupements de Promotion Féminine (GPF).

Ces résultats démontrent bien l’impact du projet au niveau de la communauté et l’implication des différentes parties prenantes dans le processus de développement économique et de la gestion environnementale.

L’implication et l’apport des Groupements de Promotion Féminine (GPF)

Le projet Dund ak Keew bi a aussi produit des impacts significatifs sur la situation économique et sociale des femmes de la communauté et en conséquence le bien-être familial. Les témoignages de participantes illustrent bien cette réalité.

« Chaque Groupement de Promotion Féminine (GPF) a reçu un quota de fourneaux jambar. Chaque bénéficiaire donne une contribution symbolique de 3 000 FCFA au lieu de 18 000 FCFA pour le fourneau de grande taille ou 2 500 FCFA au lieu de 15 000 FCFA pour celui de taille moyenne. La somme collectée nous permet d’acheter d’autres fourneaux pour essayer de satisfaire la demande qui est supérieure à l’offre. »

– Femme membre d’un GPF | Commune de Tassette

« Grâce aux fourneaux jambar, on ne souffre plus de la corvée de bois de cuisson. En outre, on est plus propre, en meilleure santé, car la fumée ne nous incommode plus et on s’occupe mieux de notre mari et de notre famille. On dépense moins en achat de gaz butane. »

Femme ménagère | Commune de Chérif Lô 

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Une dynamique est lancée !

Cette stratégie de démarche participative permets d’influencer  la politique de développement décentralisé. Le changement de paradigme issu de l’approche des actrices, acteurs, a conduit à une implication plus importante des collectivités dans l’appui au développement dans les communautés. In fine, comme en témoigne une responsable d’un GPF de la  Commune de Tassette  « la mairie avait cautionné à la banque des GPF de la commune pour leur permettre d’obtenir des prêts en vue du développement d’activité génératrice de revenus (AGR) et elle a octroyé plus de 400 chaises aux GPF. » 

Ce projet illustre l’émergence d’une économie circulaire axée sur une approche participative en gestion et gouvernance environnementale locale, tout en renforçant la nécessité de consolider les acquis de développement économique, social et écologique de ses 6 communes du plateau de Thiès. Devant ces résultats probants, SUCO et ses partenaires plaident pour d’autres projets semblables en gestion environnementale locale afin de continuer à renforcer la résilience des communautés face aux changements climatiques au Sénégal, mais également dans d’autres pays d’intervention.

Crédits photos: GRAIM

Renseignements supplémentaires :

Abdou Bousso

Représentant pays, SUCO au Sénégal, Dakar
Téléphone : (221) 78 293 88 39
Courriel : senegal@suco.org