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HISTORIQUE

En 1961 naissaient, à l’instigation des universités canadiennes, SUCO (Service universitaire canadien outre-mer) et son pendant anglophone CUSO (Canadian University Service Overseas). SUCO/CUSO sont parmi les premières organisations non gouvernementales (ONG) laïques en coopération internationale et leur création coïncide avec la première décennie du développement international au Canada. À cette époque, le Canada participait à divers programmes de développement, soit en Afrique (par l’entremise du Commonwealth), soit en Amérique latine (dans le cadre de l’Alliance pour le progrès) ou en Asie (le plan Colombo). SUCO/CUSO formait une corporation pancanadienne, dont le siège social était à Ottawa, et qui comptait sept régions administratives. SUCO couvrait le Québec et l’Acadie. Dans chacune des régions, des comités locaux recrutaient des étudiants qu’on appelait alors des «volontaires».

Au tournant de la décennie des années 1970, sous l’impulsion d’anciens « volontaires », qui ont éprouvés les limites d’une action exclusivement centrée sur les activités outre-mer une réflexion s’amorce sur les causes profondes du sous-développement. Les coopérants ne sont plus uniquement des «aidants» mais des gens qui apprennent au contact des populations. Un lien structurel se tisse entre le Nord et le Sud, et mène à la réévaluation des pratiques de coopération.

SUCO se réoriente pour jouer un rôle plus efficace dans le champ de la solidarité internationale. La nécessité de s’impliquer dans la sensibilisation et l’éducation du public canadien aux réalités de la coopération internationale s’impose et devient même une priorité des dix bureaux régionaux de SUCO Québec/Acadie. Entre 1961 et 1978, plus de 2 200 personnes, majoritairement des Québécois et des Acadiens, ont travaillé dans les pays du tiers monde avec SUCO. En 1978, l’organisme soutient quelque 130 projets dans plus de 25 pays. Aux universitaires se substituent des personnes qui ont développé une pratique de solidarité et qui sont liées au mouvement populaire québécois, notamment les syndicats et les regroupements communautaires.

La fin de la décennie des années 1970 est marquée par la précarité des luttes sociales. SUCO poursuit son analyse politique, et d’un organisme voué à l’envoi de coopérants devient de plus en plus un organisme de coopération et de solidarité. Pour marquer sa réprobation face à cette nouvelle tendance, trop fortement colorée de militantisme, l’ACDI cesse progressivement de soutenir financièrement les bureaux

régionaux de SUCO au Québec et en Acadie, qui passent alors de 10 à 2.  À la suite des tensions qui existent entre SUCO et CUSO depuis la fin des années 1960, un rapport de la firme indépendante Coopers and Lybrand préconisait carrément de faire de SUCO/CUSO deux entités légales séparées. Cette séparation prend officiellement effet en 1981.

Malgré les appuis massifs reçus du mouvement populaire, syndical et de solidarité au Québec et d’ailleurs, l’ACDI ne renouvelle pas ses liens contractuels avec SUCO à l’été 1983, notamment parce que certaines orientations et pratiques de SUCO n’étaient pas toujours en accord avec les politiques  du Gouvernement canadien. Du jour au lendemain, le budget annuel passe de 6 millions de dollars à moins de 400 000 dollars. Le nombre de pays où SUCO est présent est réduit de 22 à 5  et le personnel diminue de 45 à 4 personnes.

Le premier défi est de trouver des sources de financement autonomes (la contribution de l’ACDI représentait 80 % du budget annuel total). C’est à ce moment que s’est établie la tradition du publipostage. SUCO est allé chercher un appui financier auprès de ses supporters, soit les ex-coopérants-tes et le mouvement syndical et populaire. Au cours de cette période, une partie des coopérants volontaires ont été rapatriés par SUCO ou ont été pris en charge par d’autres organismes de coopération internationale. Certains coopérants sont demeurés en poste sous l’égide de SUCO procédant même pour ce faire à leur propre collecte de fonds. Un concept prometteur voit le jour : la solidarité directe. SUCO se donne comme mission d’être un groupe d’accompagnement auprès des partenaires et d’apporter un appui soit politique, soit technique ou social.

Progressivement, SUCO a pu passer au travers de cette crise financière. Le personnel en place de 1984 à 1988 a su maintenir le cap et en quelque sorte rajuster le tir. Il a fallu trouver des fonds pour assurer un minimum d’infrastructure, poursuivre les relations de soutien aux partenaires du Sud toujours fidèles et continuer de s’investir dans l’éducation du public canadien. Reste que la présence continue de SUCO dans le paysage de la coopération internationale canadienne témoigne d’une remarquable capacité d’adaptation et de mobilisation de sa base sociale.

VERSION INTÉGRALE